Un Totem sans Tabou

Avec du bois flotté.

Après avoir déménagé mes pénates et mon atelier au bord de la mer, je me suis intéressé à ce que les tempêtes déversent sur la côte. A côté des masses de déchets plastiques on trouve des morceaux de bois de toutes sortes:
Des débris d’épis côtiers imprégnés d’eau et de produits chimiques divers ne me conviennent pas, trop mous et trop noirs.
Des troncs d’arbres arrachés lors des inondations sont souvent tellement gorgés d’eau que la moindre manipulation, avant même le séchage, les fait partir en lambeaux.
Des cagettes ou des parties de palettes sont souvent impropres à tout travail un peu élaboré.

Mais parfois on trouve le bon bout !

Après les tempêtes de mars, je suis tombé sur un cylindre de bois clair non traité d’une cinquantaine de centimètres de haut d’une quinzaine de centimètres de diamètre. En prime, il n’était pas gorgé d’eau, signe qu’il n’avait pas séjourné longtemps en mer.

Une petite voix m’a demandé d’en faire une  » tête de robot  » et m’a dit «  je veux t’aider, moi aussi je veux taper dans le bois « .
Encourageons les vocations précoces, mais ne laissons pas des minots de quatre ans jouer avec des ciseaux à bois. Le maillet suffira.

Donc nous sommes partis mon assistant et moi, avec un dessin simplissime, sans fioritures inutiles, lui frappant du maillet sur les ciseaux que je tiens fermement.
Bois semi-dur assez ligneux et quasiment sans aubier.
Parti pris, les yeux se calent sur deux noeuds, qui , bien entendu ne sont pas exactement à la même hauteur.

Résultat de notre première séance de travail. Dessin et face avant.
Le travail avance en fonction de la météo. Promenades par beau temps, atelier par temps de pluie, autrement dit, ça n’avance pas vite. 

Néanmoins le 9 avril on arrive à dégager les oreilles et affiner la face avant

Se pose la question de la face arrière qui suppose un poil plus de réflexion

Face arrière vue le 11 avril Face arrière vue le 25 avril

Poursuite des travaux

​Les séances suivantes sont consacrées à affiner toutes les faces, notamment la face avant. Le haut de la tête est un peu arrondi. Les joues prennent une allure nettement plus océaniennes. La bouche est dégagée avec un marquage net de la lèvre inférieure.

Et après ça les conneries commencent…

Comme toujours, j’ai une pensée itérative. Un problème après l’autre. Quand j’estime que la taille est quasiment terminée, je gamberge sur les finitions et souvent je retiens une solution qui se révèle être une catastrophe.

 

L’apprenti chimiste et ses erreurs

Le bois est assez pâle. Comment le patiner, le teinter, le colorer ?
Dans mon stock de mixture, je ressors un vieux mélange d’huile de lin et d’essence de térébenthine. Bien secoués, le mélange et l’artiste. La térébenthine est censée favoriser le séchage et l’huile devrait colorer le bois de façon sympathique.

Effectivement après deux couches de mon mélange, le bois a pris une couleur dorée sympathique. L’ensemble brille et le contraste entre zones claires et sombres a augmenté. Donc après lustrage ça devrait être génial….

Tout ne se passe pas comme prévu !

Mon p…. de mélange ne sèche pas. L’huile a bien pénétré le bois mais la surface reste poisseuse. J’espérais un certain durcissement qui permettrait un polissage à avec de la laine ou du coton. Les jours passent et ça poisse toujours malgré la chaleur de juillet. J’aurais mieux fait d’appliquer une cire colorée, j’aurais gagné du temps.

Quand ça veut pas, ça veut pas. Donc je change mon fusil d’épaule. Je racle et ponce toute cette surface collante jusqu’à éliminer toute trace de ma soupe. Vingt-quatre heures à l’air après ponçage la surface est sèche mais un peu plus claire que ci)dessus. Et puis c’est le grand saut…

Je fais un mélange huile de lin et pigments en poudre que j’applique en plusieurs couches successives ce qui nous donne un totem rouge de chez rouge. D’où son nom Totem Rouge 01

Moralité : Quand on fait un totem, mieux vaut ne pas avoir de tabou quant à sa réalisation, sinon on a la poisse !