Don’t Go Breaking My Heart – Keski dit

(Don’t Go Breaking My Heart – Elton John & Kiki Dee)

Un titre pourri pour vous raconter une connerie magistrale de votre serviteur !

Episode 1 : Un job sans histoire.

L’histoire commence toujours de la même façon. Une belle dalle de marbre de Carrare laiteuse à souhait et veinée délicatement. Avec 20 mm. d’épaisseur, cette dalle est translucide quand elle est éclairée par derrière. Une mini perceuse, quelques burins, beaucoup d’énergie et un peu d’inspiration.

Au passage vous noterez que j’ai changé d’approche pour les photos. Je floute délibérément tout ce qui entoure la pièce sur laquelle je bosse. Vu le souk qui règne dans mon nouvel atelier, c’est préférable. Et pour mieux se repérer dans le making-of la date de prise de vue figure sur la photo.

La dalle est telle que je l’ai récupérée. La seule tranche nette est en bas. L’idée est de réaliser un sujet qui tient debout sur cette tranche de deux cm. Un mouvement d’aile travaillé en nervures devrait permettre de jouer sur les transparences. Un éclairage au dos de la pièce devrait faire un truc sympa. Yapuka.

Connaissant à peu près ma force et la susceptibilité du marbre face à la violence des chocs, le travail se fait en râpant, en meulant et en ponçant. Il n’est pas nécessaire de descendre très profond pour obtenir des effets sympathiques. Donc en creusant sur 5 à 10 mm. selon les endroits, ça devrait le faire. Je commence par dégager une petite zone pour jauger la résistance de la pierre et évaluer (grâce à une méthode éprouvée, la méthode pifométrique) le temps qu’il me faudra pour arriver au bout.

 

C’est parti pour creuser les nervures que j’ai tracées perpendiculairement aux veines du marbre. La forme de la dalle ne se prêtait pas à un tracé parallèle aux veines.

Un petit contrôle de la transparence en cours de travail permet de vérifier l’hypothèse de départ. Et ça va le faire (comme on dit en kikoulol).

En quelques heures, l’ensemble des nervures est dégagé et la pièce commence à avoir un air sympathique.

La surface supérieure de la dalle était polie comme le sont les carrelages avant d’être posés.

Je vais maintenant m’attaquer à la partie la plus ingrate du travail : le polissage.

Ça se fait en plusieurs passes, avec des papiers au grain de plus en plus fin. Je commence avec du 180, puis du 240, du 400, du 600, du 800 pour finir avec du grain 1000. Je travaille avec du papier à l’eau comme celui utilisé par les carrossiers. La finition se fait avec une pâte à polir de grain 2000. Je ne compte plus le nombre de séances qui s’étalent sur deux mois.

En changeant l’angle d’éclairage, on voit les reflets et ombres bouger. C’est propre. C’est fini !

Je prépare un article sur le site. J’y colle les photos et je ne le publie pas car il manque la photo de la pièce en position verticale pour jauger la transparence finale.

Episode 2 : Les cons ça ose tout….

Oups ! J’ai oublié l’appareil photo.Le temps d’aller chercher le dit appareil et au retour dans l’atelier ….. Bingo !!!

La pièce qui était en position verticale, sur la tranche, mais pas bien calée s’est magistralement remise à l’horizontale !  Deux magnifiques morceaux et quelques éclats. De rage, je pose tout dans un coin….

Epilogue : Six mois plus tard – Merci Epoxy !

Six mois plus tard, une recherche sur le net me suggère qu’avec de la colle époxy bi-composant je peux récupérer les dégâts. Adhoncques j’opère et effectivement ça donne un résultat satisfaisant.

A gauche on voit la magnifique fêlure et le manque en haut. J’ai rectifié les bords pour donner un aspect plus géométrique à l’ensemble. A droite on voit à peine la trace du collage. En contrepartie on peut apprécier la transparence. C’est éclairé avec un néon derrière. Il faut que je teste avec un éclairage Led.

Même si c’est contre-intuitif, les photons passent à travers le marbre ! Donc le marbre est constitué de trous avec un peu de matière autour ! Ça explique donc pourquoi la connerie arrive à se frayer son chemin dans mes neurones, il y a aussi des trous….. CQFD